Un bon reportage commence souvent par un journaliste qui pose la bonne question. Alors que les paiements numériques transforment la manière dont des millions d’Africains envoient, reçoivent et gèrent leur argent, des questions pertinentes peuvent aider le public à comprendre ce que ces changements signifient dans la vie quotidienne.
Lors de notre dernier atelier média à Abidjan, j’ai écouté des journalistes échanger sur l’interopérabilité, la protection des consommateurs, les paiements transfrontaliers et l’inclusion financière. Ce qui m’a frappée, c’est la facilité avec laquelle ils abordaient ces sujets. Ils posaient des questions pertinentes et expliquaient des concepts techniques dans un langage simple.
Beaucoup d’entre eux nous accompagnent dans cette aventure depuis plusieurs années. Voir leur évolution et leur assurance grandissante dans le traitement des sujets liés à l’inclusion financière numérique a été particulièrement gratifiant. Cela m’a rappelé pourquoi AfricaNenda Foundation a choisi d’investir dans des relations plus solides avec les médias.
Je me souviens du lancement de notre premier rapport sur l’État des systèmes de paiement instantané inclusifs en Afrique (SIIPS), organisé en marge du MWC Africa en 2022. La salle pouvait accueillir une cinquantaine de personnes. Elle était pleine, et d’autres personnes se tenaient encore à l’extérieur. Plusieurs journalistes sont venus échanger avec nous. Ils voulaient comprendre ce que les systèmes de paiement instantané signifiaient pour leurs pays et leurs publics.
À la suite de ce lancement, un article avait présenté le Ghana comme disposant du système de paiement instantané « numéro un » en Afrique. Ce n’était pas exactement ce que disait le rapport. Le système ghanéen avait été évalué comme étant le plus avancé à l’époque. Comme le sujet était encore nouveau, ce résultat avait été interprété comme un classement : qui était premier ? Qui était le meilleur ?
Cette expérience m’est restée. J’ai vu à la fois l’intérêt des journalistes et la nécessité d’aller plus loin dans notre collaboration. Elle m’a également appris une leçon importante : produire des travaux de qualité ne suffit pas si leurs conclusions ne sont pas clairement comprises. Nous devons aider les journalistes à comprendre ces travaux et à les communiquer avec justesse.
Lors du deuxième lancement du rapport SIIPS en Éthiopie, l’intérêt des médias avait grandi. C’est à ce moment-là que l’idée de créer une coalition de médias a commencé à prendre forme. Nous ne voulions pas contacter les journalistes uniquement lorsque nous avions un rapport à lancer ou une annonce à faire. Nous voulions construire une relation avec eux et créer des occasions régulières d’apprentissage et d’échange.
Depuis, nous avons organisé des ateliers, mis les journalistes en relation avec des experts et créé des espaces où ils peuvent poser librement leurs questions. Nous apprenons également à leur contact. Leurs questions nous montrent ce qui reste difficile à comprendre et les domaines dans lesquels nous devons mieux communiquer. Le changement s’est fait progressivement.
Au début, de nombreux échanges portaient sur les principes de base des systèmes de paiement instantané. Aujourd’hui, les journalistes avec lesquels nous travaillons posent des questions plus approfondies. Ils veulent savoir si ces systèmes sont réellement inclusifs, abordables et sûrs, et pourquoi les paiements transfrontaliers en Afrique restent coûteux, lents et difficiles d’accès. Ils vont aussi au-delà du lancement d’une nouvelle plateforme. Ils veulent comprendre ce qui change concrètement pour la personne qui l’utilise.
C’est précisément le type de journalisme dont l’écosystème de l’inclusion financière a besoin. Les journalistes ne sont pas là pour reprendre nos messages ou promouvoir notre travail. Ils doivent interroger les données, mettre en lumière les progrès et attirer l’attention sur les lacunes. Notre rôle est de leur donner accès à des informations fiables, à des données pertinentes et aux experts qui participent à ce travail.
Le vocabulaire technique peut donner l’impression que les systèmes de paiement sont éloignés de la vie quotidienne. Pourtant, ces systèmes influencent la manière dont les personnes reçoivent de l’argent, paient des services, gèrent leurs activités et participent à l’économie. Ce lien doit être clairement expliqué.
Nous pouvons soutenir le développement des infrastructures, de la réglementation et des systèmes de paiement. Mais les populations doivent comprendre les services qui leur sont proposés. Elles doivent savoir comment ces services fonctionnent, quels sont leurs droits et quels risques elles doivent connaître.
En tant que professionnels de la communication, notre responsabilité est de rendre les informations complexes accessibles sans en déformer le sens. Le rôle des journalistes est de poser des questions qui relient les décisions techniques aux réalités vécues par les populations.
Notre coalition de médias continue de grandir et d’apprendre. Pour nous, le succès ne se mesure pas simplement au nombre d’articles publiés. Nous souhaitons voir des reportages plus solides, des questions plus pertinentes et des récits qui aident les populations à comprendre pourquoi l’évolution des paiements numériques les concerne. C’est ce que j’ai observé dans cette salle à Abidjan.
Les journalistes étaient à l’aise. Ils maîtrisaient le sujet, interpellaient les intervenants et rendaient les concepts techniques plus faciles à comprendre. C’était un rappel fort de ce qu’un engagement régulier peut produire.
Nous sommes heureux d’ouvrir cette aventure à davantage de journalistes à travers l’Afrique. Si vous vous intéressez à l’inclusion financière, aux paiements numériques et aux histoires qui accompagnent la transformation financière du continent, nous vous invitons à rejoindre la Coalition des médias d’AfricaNenda et à contribuer à des échanges mieux informés sur l’avenir de la finance inclusive.
Les inscriptions sont désormais ouvertes pour la formation de la Fondation AfricaNenda destinée aux journalistes africains sur le traitement de l’information concernant les systèmes de paiement et l’inclusion financière ; inscrivez-vous dès maintenant.